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Compte rendu de la journée des doctorants du GRAC : 15 mars 2012

 

 

Compte-rendu de la journée des doctorants du 15 mars 2012

 


La journée des « doctorants » s'est déroulée l'après-midi du 15 mars en salle du Conseil du Département de Lettres de l'Université Lyon 2. Elle regroupait jeunes doctorants et professeurs rattachés au GRAC (Groupe Renaissance et Âge Classique). Elle avait pour but de permettre aux jeunes chercheurs de présenter l'état de leurs travaux, d'exposer leurs difficultés et de bénéficier d'un regard extérieur sur leurs recherches. La journée a ainsi compté sept exposés traitant de sujets extrêmement divers, aux enjeux intellectuels très différents.

- Thérésa Hsueh se confronte aux problèmes posés par l'élaboration d'une édition critique d'un ouvrage très peu connu, rejoint tant l'histoire du livre que l'histoire des idées. En effet, L'Honnête femme du père Jacques Du Bosc, illustre les mécanismes éditoriaux complexes du XVIIe siècle. L'établissement du texte nécessite une confrontation des éditions successives parues au fil du siècle, en différents lieux. L'ouvrage donne par ailleurs un éclairage singulier sur la notion très caractéristique d' « honnêteté », mais au féminin : dans la tradition salésienne, il propose une synthèse entre dévotion et mondanité, appliquée aux femmes. C'est un des éléments d'analyse qui, avec d'autres qu'elle nous a présentés, figurera dans l'introduction de son édition critique.

- Maud Lejeune recherche les influences de « l'école de Lyon » de gravure sur bois au XVIe siècle sur les artistes d'Outre-Rhin. Elle renverse ainsi la tendance selon laquelle on étudie plutôt les influences subies par « l'école de Lyon ». L'objectif de son travail est de pouvoir construire à terme l'inventaire des figures où pouvaient piocher les graveurs (et plus largement les artistes) avant de les arranger selon leur génie propre et le support choisi. De plus il s'agira pour elle d'étudier comment ces figures ont circulé, comment les graveurs allemands se les ont appropriées. Maud a mis l'accent sur la difficulté de réunir des sources anciennes et, forte de ses connaissances du système bibliothécaire français dans lequel elle travaille, a mentionné le caractère lacunaire des catalogues des bibliothèques et autres institutions patrimoniales. Elle a souligné la nécessité de contacter, d'échanger avec les conservateurs et agents afin d'identifier des documents en réserve, peu ou non étudiés.

- Brandon Michaël étudie le motif de la « conversion » au théâtre dans l'Ancien Régime (XVIIe-XVIIIe) qu'elle soit religieuse ou sentimentale. Il met en évidence l'impact de la théâtralité sur une notion qui n'est pas spécifiquement théâtrale. Après avoir examiné les définitions proposées par les dictionnaires du XVIIe et XVIIIe siècle et décliné les enjeux théologiques, anthropologiques, psychologiques et sociologiques de cette notion telle qu'elle pouvait être perçue à l'époque, il s'interroge sur son rapport avec des notions plus clairement dramaturgiques telles que le caractère, la reconnaissance, la catastrophe, la vraisemblance. Il souligne l'existence de modèles de conversion portés par la tradition. A travers un corpus très large, des enjeux connexes apparaissent, telles les relations entre les personnages induites par le motif de la conversion : rapports de force, rapports d'exemplarité. Il est ressorti de la discussion qu'il fallait approfondir la métaphore sous-jacente à la notion, et en dégager un modèle structural plus détaché du modèle religieux.

- Le travail de Marjorie Broussin, en première année de thèse, relève d'un tout autre univers : elle s'intéresse au phénomène de « classicisation » des auteurs du XVIe siècle, en étudiant leur présence et leur traitement dans les manuels scolaires depuis 1910. Elle se confronte aux difficultés pratiques d'un corpus abondant, aléatoirement accessible et pour l'instant non hiérarchisé. Elle se heurte également à une difficulté conceptuelle : la définition même de « classique » n'a pas été encore pensée de manière satisfaisante. Son travail, tout juste commencé, met déjà en évidence l'importance du paratexte et du cadre de lecture proposé aux élèves, aussi (voire plus) significatif que le choix des auteurs et des textes, souvent stable. Elle compte enrichir son travail, dont la dimension sociologique est essentielle, d'entretiens individuels avec quelques auteurs de manuels ainsi qu'avec des usagers, professeurs comme élèves. Les enjeux idéologiques de son travail n'ont pas manqué de réveiller la polémique et ont souligné la nécessité de bien peser sa définition du terme « classicisation ».


- Florence Bonifay, en deuxième année de thèse, travaille sur la rivalité des poètes de la « Pléiade », et plus précisément, sur la manière dont les poètes de « la Brigade » se partagent le champ littéraire, construisent un espace propre et un espace commun. Il s'agit de déterminer quelle est l'image littéraire que les poètes donnent de leurs relations dans les poèmes qu'ils s'adressent, se dédicacent, etc. Ainsi, la recherche tient moins de la sociologie littéraire que de l'étude d'un réseau symbolique commun ou propre. Florence Bonifay a ainsi entrepris un énorme travail consistant à construire une base de données regroupant les poèmes qui contribuent à la construction de ces espaces communs et individuels. Cette base de données devrait non seulement appuyer son travail d'une étude chiffrée, mais aussi être utile aux futurs travaux des seiziémistes, une fois en ligne.

- Servane L'Hopital, en deuxième année de thèse, analyse les points de rencontre et les différences entre la liturgie et le théâtre au XVIIe siècle et les problèmes théologiques et moraux que cela a pu poser. Au fil de ses recherches, ce qui n'était qu'intuition tâtonnante est progressivement devenu sujet légitime d'étude. La périodisation initiale, qui se calquait sur la querelle de la moralité du théâtre, s'est avérée trop limitée à l'étude, et Servane L'Hopital a souligné la nécessité d'élargir le champ de ses recherches au tout début du XVIIIe. Elle explore tant les pièces, préfaces et poétiques que les traités théologiques, pastoraux, les explications et les représentations iconographiques de la messe, les écrits polémiques contre le théâtre. Son analyse portera notamment sur le lexique, la gestuelle prescrite et la « mise en scène ».

- Julie Ménand, enfin, en troisième année de thèse, étudie la figure du père Garasse, père jésuite engagé dans toutes les querelles de la première moitié du XVIIe siècle. Cet ennemi déclaré d'Etienne Pasquier, de Théophile de Viau, de l'abbé de Saint-Cyran, entre autres, demeure assez peu étudié pour lui-même. Julie Ménand veut proposer une vision plus unie et plus continue de ce personnage haut en couleurs. Elle espère ainsi mettre en évidence un certain « style », voire une certaine « cohérence » dans le projet d'écriture et dans la pensée du père Garasse, apparemment si bigarré, en interrogeant notamment le rapport qu'entretiennent chez lui les « formes littéraires » choisies et les enjeux théologiques traités.


mise à jour le 3 avril 2014


Université Lumière Lyon 2