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Mariage des Corps, mariage des Esprits (Lyon, septembre 2009)

 
Actes de la journée d'étude organisée par Laetitia DION et Cyril CHERVET
GRAC, Université Lumière Lyon 2, UMR 5037
Samedi 26 septembre 2009

 
Mariage des Corps, Mariage des Esprits
dans la Littérature Française de la Renaissance à l'Âge classique
 

 

 


Les articles réunis ici sont issus d’une journée d’étude organisée à l’Université Lumière Lyon 2 le 26 septembre 2009. L’objectif de cette manifestation était d’explorer une question qui, pour avoir été souvent traitée par les historiens, n’en demeurait pas moins vierge dans les études littéraires : celle de la place du corps dans le cadre conjugal aux XVIème et XVIIème siècles. Il nous a donc semblé utile d’explorer les rapports entre corps et mariage dans trois genres littéraires majeurs de l’époque — didactique, narratif et dramatique —, en s’interrogeant sur la manière dont ils sont pensés et représentés, mais aussi sur les formes d’écriture dans lesquelles cette question est mise en scène ou discutée.

Le parcours qui en résulte s’inscrit dans un contexte culturel et doctrinal complexe qu’il convient de rappeler brièvement ici car la place réservée au corps dans le mariage n’y est pas dépourvue d’ambivalence. En effet, dans la conception sacramentelle qui s’élabore à la fin du XIIème siècle à partir des écrits de saint Paul et qui continue de prévaloir à la Renaissance et à l’Âge classique au sein de l’Église romaine, le mariage se définit à la fois comme un lien spirituel – l’accord des volontés est l’image de l’union de l’âme à Dieu à travers la charité – et un lien charnel – l’union de l’homme et de la femme en une seule chair symbolise l’union de l’Église avec le Christ, « Époux » divin selon saint Paul. Le mariage représente de ce fait le cadre légitime où les corps peuvent s’unir en vue d’assurer la perpétuation de l’espèce, conformément à l’ordre de se multiplier donné par Dieu dans la Genèse. Pourtant, le corps et ses désirs demeurent, dans la pensée chrétienne, un objet de méfiance à l’intérieur même du mariage. L’idéal de chasteté qui prévaut au Moyen Âge est réaffirmé par le Concile de Trente (1545-1563) et, dans la lignée de saint Paul, le mariage reste conçu comme un remède au péché de concupiscence, un moindre mal pour ceux qui ne peuvent rester chastes, tandis que la sexualité conjugale ne trouve de légitimité qu’à travers la procréation et demeure étroitement encadrée. Du côté de l’élite et des lettrés laïcs, se développe une suspicion particulière à l’encontre de l’amour-passion et des désirs qu’il peut faire naître. Elle se comprend dans une réflexion nouvelle, d’ordre social et politique, sur le mariage comme « sage marché » (Montaigne) et « contrat civil » (Furetière). De ce point de vue, la fonction première de cette « institution » reste de servir l’intérêt des familles et d’assurer la stabilité et la pérennité du corps social par la continuité des lignages et la transmission des patrimoines. Mais une certaine revalorisation des rapports charnels et du plaisir à l’intérieur du mariage se fait jour cependant, notamment après le Concile de Trente. C’est ce qu’on découvre en effet sous la plume de saint François de Sales — pour qui les rapports conjugaux, en dehors de leur visée procréatrice, permettent d’entretenir l’affection et la bonne entente du couple — et, bien sûr, dans le théâtre de Molière — qui donne à voir, contre la « raison pure » de ceux qui se prétendent « sages stoïciens » ou « philosophes », l’entraînante raison « physique » (naturelle et corporelle) du désir amoureux.

En étudiant un corpus de textes polémiques du XVIème siècle jusque là méconnus (Tatiana Clavier), en dévoilant des traditions négligées du discours religieux et leurs proximités avec les vues mondaines du Grand Siècle (Claire Carlin), en révélant les syntagmes figés qui parcourent certains récits de la Renaissance et leurs enjeux de sens (Pascale Mounier), en soulignant l’originalité des représentations érotiques qui dynamisent les intrigues matrimoniales dans les nouvelles du XVIème siècle (Laetitia Dion), en marquant les antagonismes et les conflits que dissimulent les alliances dans la comédie humaniste (Goulven Oiry), en démontant la posture stoïcienne des prétendus « philosophes » moliéresques du cocuage (Laurent Thirouin), en explorant enfin la singularité intellectuelle de l’idée, formulée dans Les Femmes savantes, d’un « mariage philosophique » (Cyril Chervet), les travaux réunis ici contribuent autant à affiner notre connaissance des codes génériques et des traditions littéraires du XVIème et du XVIIème siècles qu’à enrichir, par leur optique littéraire, l’histoire des conceptions et des représentations du mariage dans sa double dimension, charnelle et spirituelle.

*

Nous tenons à exprimer ici toute notre gratitude envers nos directeurs de recherche, Mme Michèle Clément et M. Laurent Thirouin : sans leur aide précieuse et généreuse, cette Journée n’aurait pu voir le jour. Nous sommes également très reconnaissants à Mme Edwige Keller-Rahbé, qui a permis la mise en ligne des contributions, et à Mme Nathalie Fournier, de l’honneur qu’elle nous a fait en acceptant d’ouvrir cette manifestation. Nous devons enfin au laboratoire du GRAC, au service de la recherche de l’Université de Lyon, à la faculté LESLA et au département des Lettres de Lyon 2 d’en avoir financé la réalisation ; qu’ils en soient remerciés.

Laetitia DION et Cyril CHERVET

 


mise à jour le 23 juillet 2014


Université Lumière Lyon 2